Le Bâtard

   Long time, no see, right? Je ne résiste pas à vous livrer ce morceau de projet de roman. (C’est en rapport avec ça.)

   Dehors, le soleil brillait haut et fort, pourtant l’une des chambres du palais royal de Carmélie n’avait pas la chance d’en profiter. Au creux d’un berceaux décoré des plus spectaculaires batailles des vieux rois, dormait un nouveau prince de quelques jours à peine. Des rideaux de feutre rouge obstruait les ardeurs de la lumière de l’après-midi. Le petit prince eut un hoquet dans sa respiration jusque là régulière lorsque le cliquetis du loquet rompit le silence capitonné. Des chuchotements étouffés mais victorieux s’engouffrèrent dans l’entrebâillement de la porte qu’on ouvrait.

   – Tu vois, je t’avais dit que c’était la bonne clé !

   – Oui, mais est-ce que ça valait le coup de la voler à papa ?

   – C’est un emprunt, Rosnay voyons. Bon, il est où le bâtard ?

   Les deux rejetons, tout aussi princiers que le nouveau-né, s’approchèrent du berceau sur la pointe des pieds. L’épais tapis au sol absorbait tous les bruits qu’ils pouvaient produire, mais leur témérité n’allait pas encore jusqu’à saccager les vestiges du silence. L’enfant dans le berceau poussa un profond soupir sans se réveiller. Il fronça ses sourcils à peine esquissés ; un accroc dans la trame de ses rêves.

   – Il est moche, dit Glenn.

   Rosnay haussa les épaules, peu convaincu du jugement esthétique qu’il était possible de porter à propos d’un tas de chair fripé et chauve.

   – Il est beaucoup trop petit pour être moche ou beau, finit-il par lâcher.

   – Non mais, je suis sûr que nous étions beaucoup plus beaux que lui quand nous sommes nés.

   Devant l’air sceptique de son frère, Glenn ajouta :

   – En tout cas, nous, on était mieux que lui. C’est sûr.

   Rosnay ne répondit pas, il préféra s’absorber dans la contemplation de cet improbable nourrisson. Il savait qu’il était son frère, mais pouvait-il l’aimer comme il aimait Glenn alors que tout le monde assurait qu’il serait la perte du royaume. Il n’était que son demi-frère de surcroît. Le bébé remua légèrement les poings qu’il tenait serrés de chaque côté de son visage. Rosnay trouva cela attendrissant, il se dit qu’un être encore incomplet ne pouvait pas être dangereux. Puis, il se tourna vers Glenn, penché au-dessus du berceau avec un air de dégoût intense qui déformait ses traits. Et Rosnay comprit comment et pourquoi cet enfant allait détruire sa vie.

   Aucune des actions que pourrait commettre cet enfant n’atténuerait la haine qu’il engendrerait. Cet enfant était une erreur. La pire des erreurs que son père avait jamais commise. Avant même qu’il ne sache parler, ce faux prince créait une masse considérable de problèmes. Rosnay prit son frère par le bras.

   – Il n’est pas moche, Glenn, il est dangereux. C’est un poison, et il a déjà commencé son œuvre.

   Glenn ne douta qu’un instant : le temps de comprendre ce que venait de dire son frère.

   – Il faut…, commença-t-il mais un reliquat de honte noua sa gorge sans le laisser finir.

   Rosnay hocha la tête.

   – Oui, Glenn. Il faut s’en débarrasser.

   Quelque chose comme de la peur ou de l’envie, un hideux monstre hybride, alluma le fond de l’oeil de Glenn.

   – Maintenant ?

   Rosnay acquiesça mais se tint coi. Les deux frère se regardèrent, la respiration lourde. Ils savaient tous les deux que la prochaine étape était atrocement simple.

   La porte s’ouvrit violemment, rompant l’enchantement malsain qu’ils venaient de générer.

   – Qu’est-ce que ? Mes princes ! Sortez d’ici immédiatement.

   La large nourrice qui se découpait dans la lumière du couloir en imposait trop aux princes pour qu’ils espèrent lui tenir tête. Le tapis ne parvint pas à étouffer ses pas lorsqu’elle s’approcha du berceau pour prendre le rejeton royal dans ses bras. Celui-ci se mit à crier d’une voix horriblement aiguë alors que Glenn et Rosnay déguerpissaient. Quand ils furent hors de portée des insupportables vagissements du faux prince, un seul regard leur suffit. Le bâtard devait disparaître.

   Un jour, cet embryon d’histoire deviendra grand.

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