Détail

Alors là, pour le coup, c’est carrément pas pour les enfants quoi.


Quand il l’avait vu au bar, il avait failli faire demi-tour aussi sec. Elle n’était pas moche. Pas vraiment. Sa bouche avait bien un petit défaut, elle partait légèrement de travers, mais rien de gênant pour ce qu’il comptait faire avec elle. Elle avait pourtant quelque chose de profondément stupide. Il n’était pas parvenu à mettre le doigt dessus immédiatement, et cette fascination rebutante l’avait empêché de tourner les talons.

D’abord, il avait bien vérifié plusieurs fois qu’elle portait le haut « over cute » à rayures rouges et les lunettes « vert anis flashy » qu’elle lui avait décrit dans son message. Pas de doute, c’était bien elle. Déjà en lisant ses messages, il se sentait pris en sandwich entre dégoût et attirance coupable. Entre la kikoolol et la bonasse.

Il s’était donc avancé vers elle et avait sorti tout le package « drague BG ». Ça n’était pas parce que la marchandise était douteuse qu’il fallait abandonner le professionnalisme. Elle s’était mise à frétiller, comme prévu. Bien, bien, bien. Mais ce détail, cet infime détail, le travaillait toujours.

Pourtant, elle souriait normalement.

Pourtant, elle s’était maquillée normalement.

Pourtant, elle mangeait normalement.

Pourtant, elle parlait normalement.

Pourtant, elle lui faisait du pied normalement.

S’il analysait chaque aspect de sa personne séparément et froidement, absolument tout était normal. Mais envisager l’ensemble lui donnait une inexplicable et irrépressible nausée. Il l’avait quand même fait monter chez lui. Dans les escaliers, en parfait non-gentleman, il n’avait pas pu détacher les yeux de son cul. Normal aussi. Joli même. Arrivés en haut, il ne lui avait pas laissé le temps de se débarrasser de son manteau ni même de ses chaussures. Son malaise grandissant avait été éclipsé par son désir. Il lui avait relevé la jupe et puis, en un clin d’œil, c’était presque fini. Là, dans l’entrée. Avec son manteau et ses chaussures.

Mécanique.

Sans âme.

Le détail.

Oh putain. Ce détail.

Elle avait gardé les yeux ouverts. Tout du long. Elle avait gémit, frissonné, griffé, aux bons moments. Mais ses yeux étaient restés comme deux billes vides. Elle n’avait pas cligné des yeux de tout le repas. Pas une seule putain de fois.

Soudain, c’était comme s’il venait de faire une mise au point sur un microscope. Elle était beaucoup trop normale. Et il sut immédiatement ce qu’il avait à faire. Là, juste derrière ses vestes et manteaux, il gardait un de ces vieux parapluies au bout pointu. Petit, il rêvait d’être John Steed. Voilà que venait le jour où cela allait lui être utile.

Avec une dextérité peu commune, il assena un coup de parapluie derrière la tête de la fille. Elle s’effondra à la manière d’une poupée de chiffon, délicatement, avec un bruit d’automate brisé. Elle était tombée face contre terre, et il fut forcé de pousser sa tête du pied pour jeter un œil à son visage. Yeux grands ouverts.

Alors, dans un élan d’héroïsme venu des tréfonds de son âme, il leva le parapluie et l’enfonça brutalement dans le globe oculaire droit de la fille.

Plus tard, il jurerait toujours avoir distinctement entendu un grésillement et vu des étincelles alors qu’il la tuait.

… Je suis pas toute seule dans ma tête, oui, je sais.

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