Âme crasse

Peut-être un tout petit peu cru.


Il s’était tourné vers elle et elle n’avait pas tellement apprécié la façon dont il l’avait regardée. Sa face dotée de petits yeux noirs humides reflétait son âme crasseuse. Et puis, il y avait ses mains moites qu’il triturait comme si c’était de la pâte à modeler. Le reste de sa personne était relativement présentable, mais vraiment, ses yeux et ses mains lui évoquaient animaux éventrés et tas d’ordures.

C’était à cause des gens comme lui qu’elle détestait prendre le train. Pas à cause des retards, des sièges inconfortables, des mamies acariâtres, des enfants braillards. Ça n’était même pas à cause du mec qui sort son sandwich au pâté qui empeste de son papier aluminium en faisant un boucan d’enfer. Pourtant, elle avait toujours envie de lui faire manger ses couilles en pâté (justement) avec des cornichons à celui-là. Non, c’était à cause de ses horribles rencontres.

Ce moment de flottement lorsqu’on réalise que celui que l’on a en face de nous est un monstre. Petit malaise de la vie. Chaque fois, elle avait l’impression qu’on lui volait un bout de son être. Pas un morceau essentiel. Mais tout de même.

Ses yeux de rats avaient un éclat terne, ils étaient embués de perversité. Il ne semblait pas posséder une once d’intelligence. Ses mouvements dénotaient une personnalité dominée par les instincts les plus vils. Et ces horribles mains : comme deux dindes déplumées en train de copuler. Vraiment dégueulasse.

Elle sentit qu’il la fixait. Elle se sentait aussi salie que si un pigeon venait de lui déféquer dessus. Énucléer. Elle avait toujours aimé ce mot. Elle aimerait encore plus le mettre en pratique. S’il se lève pour aller aux toilettes, il est MORT.

Dehors, le paysage coule paisiblement, indifférent au drame. Quel enfoiré.

Il.         Il.

Se.        Est.

Lève.   Mort.

Elle le suit. Il va bien aux toilettes. Vite, une idée. Elle tourne sur elle-même pour embrasser toutes les possibilités. Des bagages, brillant. Elle se saisit de la plus grosse valise qu’elle trouve et la place devant la porte. Elle attend.

Quand il sort, il ne regarde qu’elle. Bien. Il trébuche dans la valise et s’écroule sur le salon du wagon qui est presque aussi crasseux que lui. Elle s’exclame alors :

– Oh, laissez-moi vous aider !

En faisait mine de vouloir l’aider à se relever, elle s’approche de lui et l’air de rien, lui plante son talon aiguille dans la main. Il hurle. Elle jubile, mais n’en montre rien.

– Je suis confuse !

Elle s’agenouille précipitamment et son sac à main lourd comme un parpaing vient malencontreusement heurter sa tête. Il gémit.

– Vraiment, je ne sais pas ce que j’ai aujourd’hui ! Vous n’avez pas trop mal ?

Elle s’approche de lui au plus près que son dégoût lui autorise et murmure :

– Tu es un monstre, tu mérites la mort.

Il cesse de geindre et frémit. Elle peut sentir que son sang se glace. Elle se relève en posant la pointe de son talon à dix microns de ses yeux renfoncés. Il se tortille encore par terre lorsqu’elle se rassoit à sa place. Bon. Il semblerait que son livre sur la gestion de la colère soit un poil utile finalement.

Des réclamations ?

Publicités

1 commentaire

Classé dans Micro-histoire

Une réponse à “Âme crasse

  1. Rosered

    Haaa tu réveilles mes envies de meurtres! Trop bien, tu fais très bien passer cette envie de meurtre qu’on peut avoir de temps en temps contre des êtres de ce genre !
    Bravo!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s