Une boîte bleue

Suite de ça.


Villey-la-Côte, Lorraine, France, Terre. 21e siècle après Jésus-Christ.

Dans son trou perdu, James Crowley, 17 ans, rêvait d’un autre trou perdu. Celui dont il venait. Allongé les bras en croix sur son lit, James s’était coiffé du superbe chapeau haut de forme en soie noire de son arrière-grand-père, espérant ainsi renforcer les liens qui le rattachait à son passé et ses origines. Il n’arrivait toujours pas à comprendre ce qui avait poussé ses parents à déménager aussi précipitamment. En un mois, Catie, Harold et James Crowley quittaient l’Angleterre pour poser leurs valises en France. Au début, James avait été plutôt emballé par le projet : mis à part l’éloignement de ses amis, aller vivre dans un autre pays était une perspective réjouissante recelant un incontestable parfum d’aventure. Seulement voilà, l’été à Villey-la-Côte n’avait absolument rien d’aventureux et le français était affreusement compliqué.

Pour tromper son ennui, James avait tenté à plusieurs reprises de nouer la conversation avec les autres habitants du village, mais comprendre un agriculteur qui vous criait ses répliques juché sur son tracteur avec le moteur en marche relevait de l’exploit. Et pas question de dénicher un seul enfant de son âge. Enfin si, il y avait cette fille, Églantine, la voisine, qui avait juste un ou deux ans de plus que lui. Et qui était juste un petit peu trop jolie et intelligente pour lui. Ce n’était pas tellement qu’il ne croyait pas en l’amitié homme/femme, mais il ne pouvait pas s’empêcher de perdre tout son français ainsi qu’une bonne partie de son anglais devant elle. Leurs brèves rencontres s’étaient chacune soldées par la perte totale de toute sa contenance. Au temps pour le fameux flegme britannique.

Il était donc exactement vingt-deux heures et dix-sept minutes lorsqu’une lampe se mit à clignoter au-dehors. Étrange, étant donné que la chambre de James donnait sur le jardin et qu’à sa connaissance la commune ne s’était certainement pas embarrassée d’installer un lampadaire au milieu des hortensias. Plus inhabituel, ce petit bruit, semblable au souffle du vent s’engouffrant dans une étroite ouverture, croissant puis décroissant périodiquement…

James se leva et se pencha à sa fenêtre. La lune projetait au sol les ombres fantomatiques des arbres parsemés dans le jardin et celle de… d’une cabine téléphonique, anglaise de surcroît, au vu de l’inscription « Police box, public call » qui ornait le haut de l’apparition. À tout hasard, James jeta un coup d’œil à son lit, histoire de vérifier qu’il n’était pas toujours allongé là, endormi sans qu’il s’en rende compte. Mais non. Il décida que la morne vie qu’il allait désormais devoir mener à Villey-la-Côte l’obligeait à générer des hallucinations pour passer le temps. Qu’à cela ne tienne, James poussa le vice jusqu’à vouloir touché du doigt sa folie.

Dans le salon, il trouva ses parents qui lisaient du Zola en version originale – dont James était certain qu’ils ne comprenaient pas un traitre mot – sur fond du Clair de Lune de Debussy.

– I think I’m going to take a walk before going to bed, dit-il en enfilant une paire de tongs.

– Alright, dear, but don’t forget that school begins in a week now. Try not to be too late.

Ah oui. L’école. Le lycée. Voilà un détail auquel il n’avait pas beaucoup pensé.

– I’ll be careful, mom, lança-t-il en se faufilant dehors.

La fraîcheur de la nuit suffisait à peine à générer des températures supportables. Un souffle de vent faisait cruellement défaut à l’atmosphère étouffante qui s’abattit sur James dès qu’il fut dehors. La cabine téléphonique trônait toujours, incongrue, au milieu du jardin. Sans se presser, il s’en approcha. Lorsqu’il se tint enfin devant, il se sentit plus stupide que jamais. Après plusieurs secondes d’hésitation, James posa sa main sur la porte en bois bleu de la cabine téléphonique. Elle s’avéra être aussi solide que celle de sa chambre.

– So what, now ? dit-il à haute voix sans trop savoir pourquoi.

Il sursauta lorsqu’une voix venant de derrière son dos lui répondit :

– On entre ?

– Co… comment ? bedrouilla-t-il, réalisant soudainement que la voix était indubitablement féminine.

Lorsqu’il se retourna, il fit face à Églantine, qui, vêtue d’une légère robe blanche, commença à faire le tour de la boîte bleue. Que faisait-elle dans son hallucination ?

– C’est vous qui l’avez fait venir d’Angleterre ? C’est ça qui a fait ce bruit tout à l’heure ? demanda-t-elle sans vraiment laisser le temps à James de répondre. C’est original comme déco de jardin, mieux que des nains en tout cas.

Comme les réponses de James se bloquaient dans sa gorge, il n’eut d’autre choix que de hocher la tête en la suivant des yeux.

– On entre ? répéta-t-elle.

– Je ne… Qu’est-ce que tu fais dans mon jardin ? parvint à articuler James avant de se rendre compte que question politesse, on avait fait beaucoup mieux.

– Je faisais le tour du mien quand j’ai entendu ce bruit bizarre. La curiosité l’a emporté sur la bienséance, je me suis permis de venir voir.

Elle fit un geste vers la porte de la cabine bleue, comme pour l’ouvrir, mais elle s’arrêta en clignant des yeux alors qu’elle se mit à pivoter toute seule sur ses gonds. Églantine et James firent un pas en arrière quand un homme apparut dans l’embrasure de ladite porte. Il sortit de sa boîte bleue sous les regards éberlués de James et Églantine. Grand, roux, étrangement habillé, et excessivement souriant étaient les caractéristiques principales de cet homme. Tout en ajustant les plis de sa chemise vert émeraude, il se présenta :

– Hello, I’m the Doctor !

*

– Did our son just walked out of the house with my grandfather’s top hat ? dit Harold Crowley en sortant son nez de La bête humaine.

– Yes. Your son was always a bit of an eccentric, Harold, répondit Catie Crowley.

– Honey, when he’s like that, he’s your son.

– Will you shut up ? rétorqua Catie avant de lancer un cousin à la figure de son mari en lâchant un petit rire qui l’irritait toujours et, à la fois, le faisait fondre.

En espérant que les fans ne seront pas déçus… *croise les doigts*.

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5 Commentaires

Classé dans Doctor Who, Fanfiction, Micro-histoire

5 réponses à “Une boîte bleue

  1. Oudin

    Ma chérie pense à ta mère qui ne suivait pas vraiment en cours d’anglais, mets des sous titres! Sinon le reste me conviens.

  2. Je vais voir pour les sous-titres =)

  3. Jean-Jacques

    Premier tour sur ce blog, et je dois avouer que le style ne m’apparaît pas d’un intérêt certain…. Genre « j’sais écrire, j’veux raconter une histoire alors j’le fais mais j’sais pas comment y mettre le ton ».

    « La fraîcheur de la nuit suffisait à peine à générer des températures supportables. »
    « Que faisait-elle dans son hallucination ? »
    « relevait de l’exploit »
    « Leurs brèves rencontres s’étaient chacune soldées par la perte totale de toute sa contenance. »

    Vous je ne sais pas, mais j’ai l’impression d’avoir lu ces phrases ou tournures cent fois.
    Je ne suis pas fan du coup « situation initiale – explication/flashback – retour à la sit. initiale et début de l’action », comme étant un peu facile pour entrer dans un récit…
    Ni de l’anglais dans un texte en français, c’est énervant de passer d’une langue à l’autre, même si je comprends le désir d’authenticité, de réalisme (ou de montrer ses talents de bilingue?) de l’auteur.

    Pour résumer mon impression, il y a un effort de vocabulaire, d’expression, mais une carence de corps, de style, de poigne. De ligne en ligne, je passe d’une phrase bateau à une autre, en passant par de bêtes échanges en anglais dénués d’intérêt narratif.
    Je ne connais pas ton âge et je ne voudrais pas paraître insultant, mais c’est très semblable à ce que peut écrire tout adolescent un minimum lettré?

    • D’abord merci d’avoir pris le temps de commenté de manière aussi précise et argumentée et merci pour vos remarques pertinentes.
      Ensuite, je dois avouer que ces textes sont plus des déversements d’idées que de réels projets, en particulier celui-ci qui n’est qu’une bête fanfiction. On peut débattre à l’infini de la pertinence d’écrire ou non des fanfictions, mais pour ma part, cela ne me sert qu’à me sortir des idées parasites de la tête lorsque je désire me concentrer sur autre chose.
      Pour le moment, n’apparaîtront sur ce blog que des premiers jets, écrits à la va-vite entre deux révisions, donc rien de bien travaillé en effet, d’où votre impression d’avoir lu et relu ces tournures. D’ailleurs je me suis moi-même fait les mêmes réflexions que vous en me relisant ! Oui, c’est du niveau d’un adolescent et pour ma défense je me suis sentie redevenir adolescente en écrivant ce texte-ci en particulier, j’y vois donc une certaine cohérence. Mais je ne vois où est l’insulte dans cette remarque, cela dénote simplement un manque de profondeur et de style personnel, ce que je revendique dans cette histoire. C’est un peu comme le nutella ou la chantilly, c’est très mauvais, mais je ne peux pas m’empêcher d’y tremper le doigt.
      Concernant le passage à l’anglais, cela montre juste ma frustration que j’éprouve à ne pas avoir l’occasion de pratiquer cette langue plus souvent ! De plus, la série (Doctor Who) sur laquelle est basé cette fanfiction nous vient du Royaume-Uni et restera immanquablement liée à l’anglais dans mon esprit. C’était un plaisir personnel, qui, j’en suis bien consciente, ne plait pas à tout le monde !

  4. Pingback: « Le pire est à venir  | «mantelia

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