Tuyauterie

Aujourd’hui, je vous emmène faire un tour dans des canalisations manifestement post-apocalyptiques. Prière de ne pas emporter de vêtements auxquels vous tenez.

Julius ne comptait plus les heures qu’il venait de passer à ramper dans vingt centimètres d’une boue noirâtre et puante. Il essayait tant bien que mal de ne pas penser à toutes les autres heures qui l’attendaient. Pour ce qu’il en savait, il était tout à fait possible qu’il soit forcé de ramper pour les cinq heures à venir tout comme son calvaire pouvait prendre fin dans les dix prochaines minutes.

Il avait cru que le pire serait l’odeur, plus forte de jour en jour au point alpha, mais cela ne l’incommodait plus depuis qu’il explorait les conduits presque tous les jours. Le pire, c’était l’humidité. Une humidité omniprésente qui l’avait rendu immédiatement poisseux. Il espérait simplement que s’il trouvait d’autres survivants dans les tuyaux, ceux-ci ne seraient pas trop rebutés par son aspect ou bien qu’ils seraient adepte des golems. Ils étaient déjà des centaines à avoir trouvé leur chemin jusqu’au point alpha. On estimait cependant qu’au moins autant de personnes avaient pu survivre et restaient cachées ou coincées dans les tuyaux souterrains.

Julius s’était porté volontaire pour rechercher des survivants et si possible les ramener vers le point alpha. Et maintenant, il s’en mordait les doigts. Sa première sortie avait été un succès : il avait ramené neufs personnes, soit deux familles entières, saines et sauves et ceci en seulement quatre heures. Le sentiment de complétude qui avait alors envahi Julius avait été le plus délicieux de toute son existence. Et même si les familles avaient eu l’air plus déçues que ravies par le point alpha, Julius savait que ce qu’il avait accompli était fondamentalement bien. C’était ce à quoi il s’accrochait en cet instant, à ce sentiment de faire ce qu’il fallait, mais il était dur de voir le côté héroïque de ses pitoyables reptations dans la boue nauséabonde.

L’espoir avait cessé d’être un moteur dès sa première sortie. Comment pouviez-vous espérer quand vous en étiez réduit à vivre dans vos propres immondices ? Ce qui lui permettait d’avancer, lui comme tous les autres, n’était qu’un pur automatisme, ce à quoi se résumait se fameux instinct de survie, mais sûrement pas l’espoir. Le halo blafard de sa lampe frontale révéla soudain une intersection une dizaine de mètres plus loin.

– Point alpha ? Ici César, à vous, dit-il en pressant un bouton sur son talkie-walkie.

Nom de code de merde, j’vous jure.

– Point alpha à César, nous vous écoutons, à vous.

– Intersection à dix mètres environs. Possibilité d’aller sud-sud-ouest ou nord-nord-est, à vous, déclara Julius en vérifiant sur sa boussole.

– César, prenez nord-nord-est. Redbull s’occupe déjà de l’autre section, à vous.

– Bien reçu, point alpha. Terminé.

Redbull. Le seul de tous les éclaireurs qui soit toujours enthousiaste à l’idée d’aller patauger dans la boue des heures durant pour que dalle. Ce type avait de l’énergie à ne plus savoir qu’en faire, alors il prenait plus de gardes que n’importe qui d’autre sans que cela n’entame sa bonne humeur pathologique. Julius attendait toutefois de voir les effets sur sa santé avant de se réjouir pour lui.

Il s’engagea donc laborieusement dans le conduit direction nord-nord-est. L’angle était à 90 degrés et la section du tuyau était plutôt étroite pour un homme de sa carrure. Quand il eut passé l’angle, une longue enfilade sombre en ligne parfaitement droite s’offrit à lui. Un affreux silence lui criait l’inutilité de ses errances.

Ceci renforça plus que jamais la désagréable sensation qu’il éprouvait chaque fois qu’il s’aventurait dans les tuyaux : celle d’explorer de gigantesques intestins en entrant bien évidemment par l’anus. Charming, right ?

Possibly to be continued.

Publicités

3 Commentaires

Classé dans Micro-histoire

3 réponses à “Tuyauterie

  1. Oudin

    A quand la suite?

    • Ivan76

      Je cite :
      « On estimait cependant qu’au moins autant de personnes avaient survivre et restaient cachées ou coincées dans les tuyaux souterrains. »
      Il manque « put », c’est à cause de l’odeur ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s