Bidoche

Deuxième volet des micro-histoires. Toutes critiques – surtout celles au vitriol (ou acide sulfurique, pour les initiés) – bienvenues.


En face de l’immense miroir accroché à son armoire, Dexter soupira. La mine défaite, il regarda sa poitrine s’affaisser et son ventre gonfler. Rien de tel pour booster son ego. D’un signe de la main, il éclipsa le miroir pour accéder au contenu de l’armoire. Il choisit une chemise noire qu’il enfila en soupirant derechef. Le miroir reparut automatiquement tandis qu’il boutonnait sa chemise. Est-ce que c’était seulement lui, ou bien les boutons du bas étaient nettement plus difficiles à mettre que les autres ? Lâcher un nouveau soupir aurait été plus que redondant, il s’en abstint donc, sans manquer de souligner mentalement que la situation s’y prêtait plus que jamais.

Et ces ignobles marques violettes, communément appelées « cernes », juste là, sous ses yeux, depuis quand est-ce qu’elles étaient là ? A-t-on idée de s’inviter comme ça, sans prévenir, sur le visage des honnêtes gens ? Un scandale vraiment. Cette fois, un soupir, un vrai, long et profond qui le viderait de son air, s’imposait. Dexter déboutonna sa chemise et tandis qu’il secouait la tête, il put voir s’animer avec horreur son double menton.

Bon.

Pas de panique, mon vieux Dex. Ce n’est rien qu’un double menton.

Pas de panique ? Mais c’est affreux !

Il sentit qu’il avait atteint un tout nouveau niveau de désespoir. Il n’était désormais plus question de soupir, mais de larmes. Qu’était-il arrivé au grand Dexter, si athlétique, si énergique, si… parfait ? Il réprima un sanglot qui luttait depuis le fond de sa gorge pour éclater à l’air libre.

– Dex-chéri ?

Ester. La tendre Ester.

– Tout va bien ?

Non, Dex-chéri n’allait pas bien. Tout son monde venait d’être piétiné par ce stupide miroir. Rien ne lui échappait à celui-là, tous les défauts étaient impitoyablement mis en exergue.

– Non. Je suis ignoble.

Il put voir Ester rejeter les draps et s’approcher de lui par derrière. Elle l’enlaça.

– Dexy, chuchota-t-elle à son oreille, tu es magnifique.

– Non, je…

– Chut. Si c’est ça qui te gène, dit-elle en touchant son ventre abominablement protubérant, je peux te dire que moi, ça ne me fait ni chaud, ni froid.

– Mais c’est facile à dire pour toi ! protesta Dexter en se retournant pour la serrer dans ses bras. Tu es parfaite !

Elle éclata de rire.

– Dexter regarde-moi. Je veux dire, regarde moi vraiment.

Oh, pour ça, il n’allait pas s’en priver. Seins parfaits, hanches harmonieuses, jambes magnifiques, re-seins parfaits, et oh ! visage et sourire merveilleux.

– Tu es… absolument superbe et…

– Vieille, le coupa-t-elle.  Je suis vieille. Et toi aussi tu es vieux, seulement, tout comme toi, ça ne m’empêche pas de te trouver très appétissant.

– D’accord alors, prouvez-le, madame j’assume-mon-grand-âge.

– Pas de problème, monsieur j’ai-besoin-d’amour.

Un demi-tour, une roulade sur le lit, un quart d’heure et une chemise en moins plus tard, la preuve était faite.

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