21

Une mini-fanfic de Doctor Who, parce que cette série est tellement kitsch (but in a totally awesome way) et so-british.


Étrangement, il n’y eut pas d’explosion cette fois. Le Docteur s’écroula seulement au pied de la console de commandes du Tardis. Une affreuse douleur courait dans ses veines. Il se mit à claquer des dents et à grelotter. Il se sentait si perdu, si humain. La douleur s’estompa peu à peu jusqu’à devenir un écho lointain. Il baissa les yeux sur ses mains. Elles retenaient ses entrailles qui menaçaient de se déverser sur ses genoux, mais elles ne pouvaient empêcher tout ce sang de couler. Il n’eut d’autre choix que de regarder lorsque ses mains retombèrent à terre, impuissantes alors que ses dernières forces lui faisaient défaut. Il sentit son cœur droit s’arrêter tandis que ses intestins s’échappaient de son corps. Il crut, pendant une seconde infinie, que le deuxième cœur allait lâcher lui aussi.

Todom, todom, todom. Todom… Todom.

Puis ce fut comme si l’orchestre de l’univers se mettait à jouer dans sa tête et à résonner dans tout son formidable corps de Seigneur du Temps. Comment avait-il pu douter un seul instant de sa géniale personne ? Il sentit, plus qu’il ne le vit, qu’une intense lumière inondait l’intérieur du Tardis. Il savait que ça devait fantastique et terrifiant, mais personne n’était là pour le voir. Pas cette fois. Il fut, comme à chaque fois, conscient de tous les atomes de tous les univers, il fut projeté dans toutes les directions du temps puis concentré en un point infinitésimal. Ce fut terrible. Et merveilleux.

Quand tout fut fini, il avait l’impression d’avoir été mâché par les pires bestioles de l’univers avant d’être recraché ici. Quelle charmante façon d’appréhender le monde pour la première fois. On avait vu nettement mieux. Lors de sa neuvième réincarnation par exemple il été accompagné d’une charmante demoiselle et s’il ne confondait pas, il était mort en héros. Et sa quinzième ! Grandiose, sensationnelle ! Elle s’était déroulée sur la planète Chlipatisholtus et des milliers de ses minuscules habitants l’acclamaient comme leur Dieu en exécutant une danse en son honneur. Il poussa un soupir et se releva. Debout au milieu de son Tardis, il contempla sa solitude : elle était intersidérale. Il ne pouvait s’empêcher d’en vouloir à son prédécesseur. Cette fin était la plus honteuse et misérable qu’il n’ait jamais vécue. Une colère sourde bourdonnait à ses oreilles. Franchement, comment avait-il pu en arriver là ? Se faire stupidement agressé par une bande de voleurs. Des manants du 12e siècle qui plus est.

Le fait qu’il n’ait même pas esquissé un geste pour se défendre ou pour prendre la fuite était plus que troublant. Il ne tenait clairement pas à sa vie. Il n’y avait rien de grandiose à se laisser éventrer sans même protester. De toute manière, sa précédente réincarnation avait été un fiasco total : un vrai dépressif. Il était grand temps de relever le niveau. Même le Tardis avait l’air déprimé, il était trop calme, pas assez lumineux, et si gris.

En moins de temps qu’il ne lui fallut pour y penser (et il pensait à une vitesse approchant dangereusement celle de la lumière) il était allongé sous les commandes, il avait décroché un panneau et il activait toutes les fonctionnalités intérieures du circuit caméléon qui semblaient encore en service.

Il repassa en position horizontale en lâchant un “Ah !” triomphant. Voilà qui était beaucoup mieux. Le Tardis brillait de mille feux. Exactement comme un feu d’artifice sur Bangalore VII. Magnifique. Mais un détail clochait toujours : les infâmes oripeaux que son prédécesseur affectionnait tant. Ou plutôt qu’il ne détestait pas entièrement. Une sorte de kimono noir retenu par une ceinture rouge. Le trip manga ne lui convenait pas du tout.

Il courut à la réserve. Dans un dérapage presque contrôlé, et dont il était plutôt fier étant donné qu’il s’agissait de piloter un nouveau corps, il s’immobilisa pile devant son miroir qui avait appartenu à Louis XIV. Techniquement, il lui appartenait toujours, ça n’était qu’un empreint, il allait le rendre. Un jour. Lorsqu’il découvrit son reflet, ses yeux se mirent à briller. S’il n’y prenait pas garde, un de ces jours, il allait tomber amoureux de lui-même.

– Je le savais !

Pour la première fois de sa longue existence, il était roux. Il lui avait tout de même fallut pas moins de vingt réincarnation pour en arriver là. Comme disait  ce proverbe métapyrien “la vingt-et-unième était la bonne”. De grands penseurs ses métapyriens. Dommage qu’ils aient tous fini par succomber à une épidémie de paranoïa aiguë qui s’était propagée par le système de pensée universelle de leur planète. Quoiqu’il en soit, sa nouvelle apparence était tout simplement renversante. Un roux flamboyant, des traits taillés à la serpe assortis à une carrure athlétique, et des yeux d’un vert émeraude intense. L’archétype parfait du héros. Enfin. Un peu d’allure n’allait pas lui faire de mal. Pour une fois. Il se débarrassa de son accoutrement ridicule maculé de sang qui, il fallait bien l’avouer, jurait terriblement avec sa nouvelle condition. Il était certain que ce miroir lui serait plus utile qu’à Louis XIV, surtout avec un physique pareil. Il s’adressa un clin d’œil avant de filer dans les rayonnages de vêtements qui s’étendaient à perte de vue dans la réserve. Il s’empara d’une paire de chaussures vertes vernies, d’un pantalon de smoking noir à fines rayures blanches, d’une chemise assortie aux chaussures avant de s’immobiliser, indécis.

Il tenait un long manteau gris clair dans une main (salissant, mais furieusement sexy), et une cape noire doublée de velours rouge dans une autre main. Il resta ainsi, pétrifié durant une poignée de secondes, puis il déposa la cape.

Tandis qu’il enfilait le manteau, il adressa un “une prochaine fois, promis” à la cape. Il tourna les talons et fila jusqu’au miroir où il soupira d’aise devant son reflet.

– Prend ça, Twenty ! Ton stupide kimono n’avait aucune chance contre ça ! Je n’ai jamais été aussi classe depuis ma dixième incarnation.

Malgré tout, le Docteur avait très nettement l’impression que quelque chose manquait à cette tenue quasi-parfaite qui faisait ressortir ses yeux avec un éclat saisissant. Seulement, il était certain que ça n’était à bord du Tardis qu’il mettrait la main sur l’élément manquant. Une petite excursion s’imposait, l’univers devait découvrir le nouveau Docteur. Puisqu’il y était mort d’une manière lamentable, la Terre semblait être une destination appropriée. Il fallait arranger ça au plus vite.

http://www.youtube.com/watch?v=4zBxfe6K3dM&feature=related (générique de la série)

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Classé dans Doctor Who, Fanfiction, Micro-histoire

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