Flaque

Ceci est donc la première des micro-histoires qui viendront s’échouer ici. Vous pouvez critiquer. Et même durement si ça vous plait. Moi, ça me plait.


Aujourd’hui, le brouillard grignote les coins des maisons, les portières des voitures, le bout de la rue et avale les

chats qui détalent sur la route. Rien n’échappe à cet énorme monstre diffus qui s’incruste dans tous les pores existants. Même les sons et la lumière sont absorbés dans l’invisible gueule béante de la créature vaporeuse. Mes cheveux sont devenus un piège à humidité et mes vêtements fondent sur ma peau.

La rue est tellement silencieuse que même mes talons refusent de claquer par terre. Je marche sur un nuage qui a embarqué la ville entière, tout ce qui lui est extérieur a disparu, en particulier le soleil. Son absence décolore la rue, un monochrome a remplacé ma ville. Ou bien est-ce le brouillard qui a englouti toutes les couleurs ? Comment savoir de toute façon ?

Je profite du calme tout en essayant de repousser l’oppressante sensation de vide. C’est un vide contradictoire, un vide dense rempli de rien qui vous mâchonne, vous avale et vous recrache tout tremblant pour mieux vous reprendre ensuite. Rien n’y fait, voilà que l’humidité s’attaque à mes chaussures et mes chaussettes. Toute résistance est inutile. Je n’aurais pas dû sortir. Je regrette. Le nuage qui a embarqué ma ville dérive vers un film noir. Le clochard endormi sous un porche serre contre lui sa bouteille de mauvais vin comme si c’était l’amour de sa vie. Un chat miaule au loin (mais est-il vraiment si loin ?) comme s’il se faisait dévorer par le brouillard. Un homme aussi gris que les murs de sa maison, vêtu d’un trench-coat lui aussi gris et coiffé d’un chapeau noir sort de chez lui. Il s’arrête sur le perron et me regarde passer devant lui, son regard poisseux s’emmêle dans mes cheveux et colle à mes talons. J’accélère.

J’aurais préféré qu’il passe devant moi, maintenant j’aimerais savoir s’il a prit la même direction que moi, mais j’ai trop peur de me retourner et de croiser sa mine grisâtre qui me scrute. Je l’imagine juste là, derrière moi, calquant son pas sur le mien pour que je ne l’entende pas, camouflé dans une nappe de brouillard solide. C’est insensé, mais mon coeur bat tout de même plus vite.

Je voudrais apprendre à disparaître, me fondre dans le brouillard, me faire un ami de ce monstre goulu. Je voudrais me décomposer en particules élémentaires et me disperser aux quatre coins de la ville nuage. Je voudrais voyager à dos de chat et vivre une folle cavalcade sur les toits pour semer le monsieur gris. Je voudrais voir derrière ma tête sans me retourner. Je voudrais fondre et me répandre sur le trottoir comme une tâche d’huile sur la mer. Une flaque immense, un fin réseau discret conscient de tout ce qui arrive partout et instantanément. Une énorme flaque diffuse qui se réunirait subitement en un point pour faire glisser le monsieur gris.

Un écho me tire de mes divagations, je veux en avoir le coeur net. Je me retourne.

Personne.

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2 Commentaires

Classé dans Micro-histoire

2 réponses à “Flaque

  1. Gillou

    Ouah!!! J’ai trouvé le lien de ton site sur facebook, (ouais je suis très curieux quand j’ai rien à faire^^), j’aime beaucoup en tout cas. Je suis toujours le premier à critiquer, mais là j’ai rien à dire, j’adore les comparaisons et les métaphores employées, un texte digne de grands auteurs (bien que je n’en connaisse que très peu). J’ai hâte de pouvoir en lire d’autres, à bientôt 😉

    • Eh bien merci d’avoir lu et commenté ! Je pensais pas avoir déjà un lecteur (en même temps Facebook, c’est fait pour ça)
      Tout ce que je peux espérer c’est le reste de mes divagations te plairont autant !

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